Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/03/2015

Chibanis relogés

2f3d5ba0e96a28ac32c625e2b450c690.jpg

Le-Parisien-940x500.png

 Les chibanis expulsés de Bastille découvrent leurs nouvelles HLM

 

Céline Carez | Publié le Lundi 23 Mars 2015, 20h00 | Mis à jour : 20h00 

Rue de la Verrerie (IVe), vendredi. Mohammed (à g.), un des 34 chibanis expulsés de son hôtel social, découvre son studio, aux côtés de militants du DAL, dont le porte-arole de l’association Jean-Baptiste Eyraud (à d.). (LP/C.C.)

 

C’est la « happy end » d’une triste histoire. Les trente-quatre « chibanis », locataires d’un marchand de sommeil, rue du Faubourg-Saint-Antoine (XIe), et expulsés manu militari en février, viennent d’être relogés. Tous. Et joliment. En deux mois, Ville et préfecture ont réussi à attribuer à ces retraités algériens et marocains 34 HLM. « Du relogement TGV », commente, un tantinet narquois mais heureux, Jean-Baptiste Eyraud, l’infatigable militant du Droit au logement (DAL) qui s’était saisi du dossier.

L’histoire remonte à juillet. Ces « papis », qui payaient rubis sur l’ongle entre 380 et 510 € des chambrettes miteuses dans un hôtel social, découvrent avec effroi que leur propriétaire, pour faire une opération immobilière, les expulse. Le DAL vole à leur secours. Médias et élus se mobilisent. La procédure est stoppée, jusqu’à ce que la préfecture de police décide d’évacuer l’immeuble pour des questions de sécurité.

Cette semaine, Layachi, Mohamed et les autres vont emménager dans leurs studios, certains dans les nouveaux quartiers du XIIIe, d’autres dans les XIXe et XXe arrondissements, ou encore à Saint-Germain-des-Prés (VIe) et dans le Marais (IVe).

L’UMP dénonce un coup de com’

Ian Brossat, adjoint (PC) au logement de la maire de Paris, s’était ému de leur situation. « Ces hommes ont travaillé toute leur vie pour la France », estimait le communiste en septembre alors qu’ils étaient menacés de se retrouver à la rue, certains à 70 ans passés. « Nous avons une dette à leur égard. Nous ne les laisserons pas tomber ! »

L’attribution rapide de ces HLM fait tiquer l’opposition municipale. « Ian Brossat est le roi de la com », attaque Philippe Goujon, maire du XVe et patron de la fédération UMP de Paris. L’élu s’étonne par ailleurs de « ce coup d’accélération alors que 120 000 Parisiens attendent un logement. La Ville a bafoué ses propres règles d’attribution (NDLR : dossiers anonymes et système de points) », juge-t-il.

Jean-Baptiste Eyraud balaie l’argument : « L’Etat et la Ville étaient obligés de les reloger suite à l’évacuation. C’est la loi. » Pour le leadeur du DAL, qui n’est « pas toujours d’accord avec Ian Brossat », « l’élu a été solidaire des retraités. Il a pesé sur les bailleurs sociaux. Il a tenu ses engagements. »

« J’ai un logement mais pas de meubles ! »

Il avance dans l’entrée de l’immeuble, d’un pas incertain, avec un post-it à la main où il a noté le digicode. C’est la deuxième fois que Mohamed, 75 ans, vient voir son HLM, en plein cœur du Marais, rue de la Verrerie (IVe).

Mercredi dernier, le septuagénaire, qui vit pour l’instant en foyer, était accompagné de Simon, militant du DAL (Droit au logement) et de Jean-Baptiste Eyraud, le leadeur de l’association. « S’ils ne nous avaient pas soutenus, on était à la rue », souffle le retraité. Mohamed a vécu 30 ans dans l’hôtel taudis de la rue du Faubourg-Saint-Antoine (XIe). Cet Algérien — « Kabyle », précise-t-il —, dont le père « s’est battu pour la France et est mort en soldat », est arrivé ici en 1965. Il a travaillé « 15 ans dans une usine de peinture et 22 ans dans les cuisines d’un restaurant ».

Mohamed trouve que son studio, « beau ». « Mais maintenant, je suis vieux. C’est trop tard. J’ai demandé une HLM pendant 30 ans. J’aurais bien aimé avec ma femme. » Et puis il va falloir meubler ce logement. Or il n’a rien. Avec ces autres camarades de galère, il a ouvert une adresse mail pour, espère-t-il, récupérer meubles et électroménager en bon état*.

Malgré l’attribution rapide de ce logement, Mohamed reste nostalgique de son XIe, se met à rêver que l’hôtel du Faubourg-Saint-Antoine devienne une HLM, comme la Ville le souhaite, « pour y retourner, retrouver les commerces, les copains et le marché d’Aligre ».

C.C.

*bastille.chibanis@gmail.com

12:17 Écrit par l'ACAJA dans ACAJA FLASH INFO | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

Les commentaires sont fermés.